Réalisateur, réalisatrice...
Le réalisateur, la réalisatrice est responsable de la réalisation d’un film ou d’une émission de télévision. Il a un rôle de créateur, d’encadrement et de management d’équipe aussi bien sur le plan technique qu’artistique. Sophie Perrin nous fait découvrir sa passion pour la réalisation de documentaires et de fiction.
Sophie, vous êtes une jeune réalisatrice de documentaires et de fictions, c’est votre métier ? Ou une passion exercée pendant vos temps libres ?
C’est une question toujours difficile ! Je considère que c’est mon métier, mais en réalité je ne vis pas de ces activités et je dois travailler comme technicienne à la télévision pour faire face au quotidien. La persévérance est une des qualités importantes pour espérer réussir car cela prend beaucoup de temps. Mon premier film , par exemple, a mis plus de quatre ans à voir le jour !
En quoi consiste la réalisation d’un documentaire ? On sait que le producteur est celui qui met les fonds dans le film ou le documentaire, le scénariste met en scène les personnages, mais la réalisatrice, qu’elle est sont rôle sur un tournage ?
D’abord dans le cas de GET ON, et, en général, le réalisateur d’un documentaire en est aussi l’auteur. Il n’y a pas de scénario à proprement parler mais tout de même une idée assez claire des séquences qui constitueront le film, avec toujours une place à l’improvisation puisque l’on ne peut pas décider de tout ce qui se passe devant l’objectif et que parfois une situation inattendue va se révéler tout à fait riche dans l’optique du propos tenu.
Le réalisateur est une sorte de chef d’orchestre, il délègue les parties techniques du travail aux techniciens de son équipe (son, image), mais il est celui qui inspire les directions, qui décide de ce qu’on filme, qui choisit comment il veut qu’on le filme. Par exemple, dans mon film, je savais que je voulais de nombreux gros plans du personnage principal, je voulais filmer des silences, je voulais filmer l’intimité de sa famille aussi, il a donc fallu prendre du temps avec eux jusqu’à sentir que la caméra s’était faite oublier. Et puis, il y a la mise en scène : comment vais-je filmer l’arrivée du personnage dans sa famille ? Où est ce que je veux placer la caméra : dedans, dehors ? Est-ce que je veux annoncer l’arrivée ou ménager la surprise en fonction de l’émotion que je veux capter dans le film. Même si je ne cadre pas, je dois m’assurer que la personne qui sera en charge du cadre travaille dans le sens de ce que j’attends. Je ne peux pas compter sur le hasard pour obtenir ce que je veux donc c’est à moi de rendre parfaitement clairs, pour tous, l’atmosphère, le ton et l’ambiance que je veux privilégier. Cela passe par de longues discussions, des visionnages d’autres films, ou d’extraits… C’est à moi de donner toutes les indications qui vont faire de mon film un objet qui me ressemble. Pas le film d’un(e) autre.
C’est un travail d’équipe ! il y a l’image, le son, …. Avez-vous une équipe ou, à chaque nouveau projet, une nouvelle équipe ?
Je n’ai pas d’équipe fixe. Bien sur il y a des rencontres qui ouvrent des collaborations de long terme mais chaque projet peut appeler des besoins particuliers, et puis les uns et les autres ont leurs propres projets ou obligations et ne sont pas forcément toujours disponibles.
C’est en effet un travail d’équipe que de faire un film, documentaire ou fiction. Cela requiert une confiance totale entre les membres de l’équipe et une adhésion des techniciens au projet du réalisateur. Réaliser, surtout en documentaire, c’est transmettre son propre regard, ses propres questionnements face à des éléments de réel sur lesquels on n’a pas de contrôle. Certes, il y a toujours une mise en scène, mais elle consiste à capter l’existant. Cela demande parfois de réagir très vite quand quelque chose d’intéressant se passe. Si les membres de l’équipe savent ce que cherche le réalisateur, ce qu’il veut transmettre, tout est plus rapide, on a moins besoin de parler et on gagne du temps quand le moment se présente.
La réalisation vous permet de voyager, rencontrer de nouvelles personnes de tout horizon et découvrir diverses cultures, c’est ce qui vous plait dans ce métier ?
Evidemment c’est un élément plaisant du métier mais attention, cela n’est pas exactement aussi simple. J’aimerais que mon métier m’amène à voyager davantage, pour l’instant seul mon documentaire m’a fait voyager et cela remonte maintenant à trois ans. A l’inverse, je voyage à titre personnel par goût de l’échange et de la rencontre et cela nourrit mon inspiration et me donne toujours de nouvelles idées de sujets, de personnages… Notamment car cela remet en question des éléments de mon propre environnement culturel. Le questionnement, c’est la source de l’inspiration.
Dans le documentaire « Get on Da Kar ! », il y a un message ! A travers la communauté Hip Hop sénégalaise, la jeunesse exprime son désir de changement profond et aspire à un avenir plus prometteur. Qu’elle a été votre rôle dans ce projet ? Dans le choix de vos projets, le message que ceux-ci renvoient est important ?
Le choix du sujet est l’engagement le plus important à mon sens. En faisant « GET ON », je ne crois pas avoir délivré un message mais plutôt posé des questions sur une pratique migratoire qui concerne des dizaines de milliers d’individus avec qui nous vivons sans nous interroger sur leur choix de départ, sur les conditions de leur séjour, sur leur désir de retour au pays… Je ne veux me prononcer ni pour ni contre ce choix de la migration, mais je veux offrir un espace de réflexion dans lequel cette problématique est envisagée du point de vue du migrant, car il me semble que cela est rarement le cas, pour ne pas dire jamais. Il y a là une forme d’injustice qui me dérange car en revanche les discours sur la migration du point de vue des pays d’accueil fleurissent. C’est donc une manière de dire « qu’importe leur point de vue, seul le nôtre compte ». Mon engagement est donc de donner la parole à ceux qui nous ouvrent une toute nouvelle approche de la question.
Voici un extrait du documentaire "Get on Da Kar !"
2007 : GET ON DA KAR !, prod la Huit, Diff France Ô, doc de création, 52min www.lahuit.com
2009 : Les Bonnes Intentions, prod Racont'arts, fiction, 12min
Vous êtes également réalisatrice de fiction ? Vous pouvez nous en dire plus ?
Je travaille actuellement sur mon deuxième projet de fiction, produit par Karin Sitbon pour Utopie Films. Nous avons beaucoup travaillé à l’écriture et la réécriture du scénario, et nous tentons actuellement de trouver les fonds nécessaires à la réalisation du film. Mes projets de fiction, jusqu’à présent, se nourrissent en partie des mêmes questionnements qui avaient initié le projet de documentaire. La fiction est un travail totalement différent dans sa forme. L’auteur dispose d’une grande liberté, il contrôle tout ce qui va faire la trame narrative de son film. C’est un petit luxe par rapport aux contraintes auxquelles on fait face dans la réalisation d’un documentaire. En ce qui me concerne, je vois la fiction comme un moyen de modéliser des questionnements vastes et complexes. Elle permet de condenser dans un personnage, une situation, une somme d’éléments que le documentaire ne pourrait saisir que disjoints. L’exemple qui me vient à l’esprit est le film de Laurent Cantet « Entre les murs », je me souviens être sortie fascinée de la projection, d’autant que j’ai été surveillante moi-même il y a quelques années et l’univers du collège m’a toujours paru riche d’inspirations. Toujours est-il qu’à l’issue de la projection je me suis fait une réflexion qui me semble caractériser le travail que j’aimerais faire en fiction. Avec son film de fiction, Laurent Cantet fait le documentaire qu’il n’aurait pas pu faire en tant que tel. La dramaturgie se nourrit d’éléments de réel qui pouvaient tout à fait faire l’objet d’un documentaire, mais le choix d’en passer par la fiction permet de resserrer, de mettre en relation tous ces éléments au sein d’un récit construit et de faire ainsi clairement toucher du doigt les enjeux qu’il questionne.
Quels sont vos projets ? Imaginons (facile pour nous les filles, nous sommes de grandes rêveuses) qu’un producteur ayant remarqué votre travail, vous donne les fonds nécessaires et carte blanche pour la réalisation d’un documentaire ou d’une fiction. Dans quelle direction partiriez-vous ? Quel thème aborderiez-vous ? De qui vous entoureriez-vous ??
C’est difficile à dire. Il y a bien quelques idées qui me semblent pouvoir déboucher sur des films mais rien de très avancé. Parfois on travaille longtemps sur une idée avant de s’apercevoir que rien n’en sort de ce qu’on attendait, et on passe à autre chose. J’ai tendance à ne travailler vraiment qu’à un projet à la fois. En ce moment je suis entièrement concentrée sur mon prochain projet de fiction, un court métrage d’environ 30minutes. Bien sur j’ai d’autres idées, d’autres fantasmes de cinéma, qui peuvent d’ailleurs partir dans des directions très différentes. Je prends des notes régulièrement, des morceaux de phrases, de séquences, de dialogues ; des concepts documentaires, mais cela ne va pas plus loin tant que le travail d’écriture du précédent projet n’est pas terminé. Cela dit il est vrai que les problématiques de la migration, de la rencontre des identités culturelles, du sentiment d’appartenance sont mes terrains de jeu de prédilection, même si cela se décline en une quasi infinité de sujets. Je crois que s’il y avait un questionnement fondamental dans mon travail, il graviterait autour de la question de l’identité et de la singularité individuelle par rapport au groupe. En d’autres termes, comment chacun se définit-il et comment le regard de l’autre et son propre regard sur soi vous limite, vous inscrit dans un devenir qui parfois vous enferme. Sophie Perrin.
1. 18/11/2010
si seulement son talent etait moins loin nous l 'aurions contacter pour notre prochain titre musical...
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